Le délire électoral |
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Johnny Marre |
Lundi, 16 Mai 2011 |
La vraie vie est en fait le résultat de millions, pour ne pas dire de milliards de gestes quotidiens, tant personnels que collectifs. Des milliards de gestes tout autant positifs que négatifs. Des milliards de gestes aux conséquences minimes ou très grandes, tant pour notre vie personnelle que pour notre vie collective, tant pour notre avenir personnel que collectif. Même si on voulait que ce soit autrement, ce serait rêver en couleurs que de croire que nous pourrions tous y arriver collectivement. Et si c’était le cas, la vie serait certes plus monotone. Car, au fond, le supposé paradis que nous avons perdu à cause d’Adam et Ève, c’est peut-être la meilleure chose qu’il soit arrivé au genre humain. Le paradis, cela doit être drôlement ennuyant après un court laps de temps. Dans une société idéale, nous aurions cru que tout le monde se serait prévalu de son droit démocratique de voter le 2 mai dernier. Dans une société idéale, nous aurions cru que tout le monde l’aurait fait d’une façon réfléchie, éclairée. Alors que la poussière de cette élection fédérale retombe de plus en plus, force est de constater qu’il n’en fut rien. Force est de constater que nous n’étions pas dans une société idéale, mais dans la vraie vie. Il y a encore près de 40% des gens qui possédaient un droit de vote qui ne s’en sont pas prévalu pour mille et une raisons, allant de la politique-ça-ne-m’intéresse-pas au les-politiciens-de-toute-façon-c’est-toute-une-gang-de-pourris-et-de-magouilleux. Une chance que tous et chacun, nous ne portons pas le même jugement à leur égard. Tu ne m’intéresses pas, donc je t’ignore. Tu es sûrement un pourri et un magouilleux comme certains que je connais. Chapeau! C’est édifiant. Dans uns société idéale, nous aurions cru que tous ceux et celles qui ont exercé leur droit de vote l’ont fait de façon réfléchie, éclairée. Il ne faut pas avoir fait ou observé un tantinet la vie politique pour savoir que la réalité politique est tout autre. Si plusieurs votent par conviction ou par choix sérieusement réfléchi (car ce geste n’a pas la même conséquence que de choisir entre du jus d’orange ou du jus de pomme, que de choisir entre du Kraft Dinner et une salade du jardin!), il y en a tout autant qui le font par impulsion, selon leur humeur du moment, parce que lui ou elle, je ne lui aime pas la face, parce que cela fait assez longtemps que je vote pour eux autres, parce que, dans ma vie, c’est bien important de gagner mes élections. Dans nos vies personnelles, on a si souvent l’impression de ne pas gagner grand chose. Une élection, n’est-ce pas fait en bout de ligne pour satisfaire notre besoin d’être un « winner » de temps en temps? Le résultat de tous ces choix individuels nous a donné un gouvernement conservateur majoritaire que plus rien n’empêchera de faire la pluie (plus souvent qu’autrement!) et le beau temps pour les quatre prochaines années et quelques mois. Quatre années, c’est très long dans la vie d’une collectivité et cela donne suffisamment de temps pour faire de sérieux dommages à notre santé démocratique.
Enfin, dans ce délire électoral, il y a-t-il encore quelqu’un qui peut prétendre que nous vivons réellement dans une société démocratique quand les règles qui président aux choix de ceux et celles qui ont décidé de notre destinée collective pour les quatre prochaines années ont pour conséquence que monsieur Harper et ses petits complices ne sont nullement le choix majoritaire de ceux et celles qui ont voté (et encore moins de ceux et celles qui avaient le droit de vote!). C’est ainsi que, dans les Laurentides, plus de 90% n’ont pas fait ce choix. C’est ainsi qu’au Québec, plus de 80% n’ont pas fait ce choix. C’est ainsi que même dans l’ensemble du Canada, plus de 60% n’ont pas choisi le parti conservateur. C’est cela qu’on appelle de la démocratie??? Au lieu d’être une gouvernance par le choix majoritaire de la population, nous assistons encore à une dictature démocratique par une volonté minoritaire. C’est la vie réfléchie ou non que nous avons choisi de vivre collectivement… pour le moment. Johnny Marre |